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SM le Roi, Amir Al Mouminine, décide d'exonérer des droits de bail les locataires des locaux des Habous consacrés au commerce, aux métiers, aux services et à l’habitation durant la période de confinement
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Allocution de Monsieur le Ministre des Habous et des Affaires Islamiques lors de la cérémonie d’installation du Conseil Supérieur de la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains

Allocution de Monsieur le Ministre des Habous et des Affaires Islamiques Lors de la cérémonie d’installation du Conseil Supérieur de la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains

 

Louange à Dieu, Seigneur des mondes,

Que la prière et la paix soient sur le Prophète, Sa famille et Ses compagnons

 

Majesté, Amir Al Mouminine,

A l’occasion de l’installation du Conseil supérieur de la «Fondation Mohammed VI des ouléma africains», Votre serviteur a l’insigne honneur de présenter à Votre Auguste personne des éléments en rapport avec ce fait religieux et scientifique d’importance, dans son contexte historique, ses précédents récents, ses motivations et ses perspectives d’avenir.

Majesté,

L’orientation africaine imprimée à la politique de Votre Majesté chérifienne n’est pas dictée par des considérations de politique de coopération conjoncturelle, se limitant à l’échange de biens et à la réciprocité d’intérêts, mais il s’agit d’une orientation multidimensionnelle, puisant sa spécificité des liens géographiques, des attaches de l’histoire, des substrats scientifiques et des sensibilités spirituelles adossées au partage, entre le Maroc et nombre de pays africains, des constantes religieuses et doctrinales.

Le grand nombre de projets de partenariat économique que Votre Majesté a lancés, ces dernières années, avec les pays sub-sahariens, sont liés dans la conscience des populations de ces pays au référentiel religieux et spirituel que le Maroc a en partage avec les pays de cette région. Tout observateur impartial ne peut que convenir que l’œuvre commune accomplie à travers les âges, en matière de capital immatériel, est d’une valeur inestimable qui ne saurait se réduire à des gains matériels. Il s’agit d’un patrimoine qui défie les vicissitudes du temps et dont les retombées bénéfiques rejaillissent particulièrement sur les relations entre le Maroc et les pays d’Afrique occidentale, en leur conférant un caractère populaire permanent qui transcende les aléas conjoncturels.

Il s’agit d’un capital commun se basant sur un socle solide constitué des éléments suivants:

  • la doctrine achaârite qui fait que, tous ensemble, nous rejetons le takfirisme (apostasie) et n’acceptons pas les stigmates de terrorisme dont certains veulent étiqueter notre religion,
  • le rite malékite en matière de prescriptions cultuelles et transactionnelles, dont les caractéristiques conviennent parfaitement à notre environnement africain,
  • le partage des mêmes repères pour la construction de la personnalité spirituelle consistant dans les règles suivies par les voies (tariquas) chadiliya, quadiriya et tijania.
  • le partage des cursus et des paradigmes qui lient les oulémas du Maroc à leurs homologues de nombreux pays sub-sahariens.

Parmi les marques de la continuité de ces attaches, il ya lieu de relever la permanence des liens entre les chioukhs des zawiyas et les souverains marocains et la présence régulière des oulémas africains aux causeries hassaniennes, ainsi que la mise en place, dans les années quatre-vingts, de la Ligue des oulémas du Maroc et du Sénégal.

Des faits nouveaux sont, cependant, survenus qui commencent à menacer ce patrimoine commun et à mettre en danger, par conséquent, les traditions religieuses consacrées en Afrique et la quiétude qui s’y rapporte. L’on citera en particulier les immixtions doctrinales dont certains aspects commencent à menacer l’unité au sein des mosquées, sachant que les tentatives de semer la discorde, sous quelque prétexte que ce soit, sont inadmissible aux yeux de la charia.

De ce fait, toutes les bonnes volontés en charge de la prédication sur la base des constantes nationales, ne peuvent que se réjouir de l’apport de cette Fondation qui se propose de raffermir les rapports efficients entre les oulémas à l’échelon du continent, la finalité commune étant de faire en sorte que ces peuples préservent leur foi et leur tempérament enclin à la paix, tout en conservant leur culture spécifique qui ne les a jamais détachés de leur foi en l’unicité de Dieu et de la pratique des bonnes vertus de la religion, telle que clarifiée par la tradition (Sunna) du Messager de Dieu, que la prière et la paix soient sur lui.

Majesté, Amir Al Mouminine,

Les perspectives d’avenir pour cette Fondation, telles que Vous en avez défini les objectifs dans le Dahir chérifien, se matérialiseront à travers la mise à disposition de l’expertise du Maroc au profit des oulémas d’Afrique désireux d’en bénéficier, en considération du statut et du contexte, et ce d’après une approche globale vouée à la promotion de la religion, à la protection du culte et à la valorisation de ses prestations.

Majesté,

Vous avez conçu cet instrument, avant tout autre considération, pour complaire à Dieu, à travers l’exercice de la haute responsabilité dont vous êtes dépositaire, en tant que protecteur du culte et de la religion, symbole incarnant l’histoire spirituelle commune entre le Maroc et l’Afrique et en tant que dirigeant soucieux de la sécurité et la stabilité de la région.

L’expérience qui sera mise à disposition des oulémas d’Afrique à travers cette Fondation s’étend à un certain nombre de domaines. Nous nous limiterons à en citer les huit suivants:

  1. L’encadrement scientifique, à travers la contribution des oulémas à la prédication basée sur la voie du juste milieu, et la coordination des efforts pour vulgariser cette idée centrale qui consiste à parer à la discorde (fitna) et promouvoir la sécurité et la stabilité en tant que nécessité primordiale émanant de la charia.
  2. Organiser l’enseignement religieux de sorte à en faire le véhicule des valeurs de paix, et le moyen de promotion de l’homme pour qu’il soit utile à lui-même, dévoué à sa patrie et serviable envers les autres humains et ce, pour couper court à toute tentative d’embrigadement prêchant la haine ou servant des intérêts malveillants.
  3. La coopération entre les tariqas soufies et les instances des oulémas, car les contraintes de l’époque actuelle rendent impérative l’auto-organisation des oulémas dans le cadre d’instances leur permettant d’assumer leurs responsabilités en cette qualité et de s’ériger en référence dans ce domaine, en exhortant les gens à s’imprégner des vertus propagées dans les écoles de purification spirituelle et à renforcer leur sens moral en faisant provision auprès des chioukhs des valeurs d’humilité, de dévouement et d’altruisme.
  4. La gestion des prestations religieuses, en particulier celles se rapportant aux mosquées et à leur encadrement, loin des influences trahissant des desseins sectaires ou politiques.
  5. L’assistance pour l’organisation du secteur des wakfs (biens de mainmorte) générateurs de revenus, en vue de garantir l’autofinancement, au niveau local, des besoins religieux qui s’identifient dans ce cas à des besoins sociaux.
  6. Le renforcement du secteur de l’information religieuse en cette époque de profusion des technologies de la communication, avec ce qu’elle signifie comme impératif de diffusion de la bonne parole et des justes prescriptions de la charia.
  7. La coopération pour la formation des personnels préposés au culte, à l’instar de ce qui est entrepris au niveau de l’Institut Mohammed VI de formation des Imams et des prédicatrices (morchidates).
  8. La coopération pour la formation de nouvelles générations d’ouléma. La vision adoptée, à cet égard, s’inscrit en concomitance avec la réforme importante que Votre Majesté a initiée au niveau de l’Université de la Qarayouine.

Majesté, Amir Al Mouminine,

La création de la Fondation a été accueillie par le gotha des oulémas d’Afrique avec louange et faveur. L’on ne citera, comme marque de ce fervent accueil, que les propos du Mufti du Nigéria, cheikh Husseini, qui a dit: «Nous considérons l’appel à la création de cette fondation comme une œuvre intervenue au moment opportun. Voilà que nous voyons aujourd’hui exaucé, par la grâce de Dieu, le Très-Haut, un vœu très cher, que nous n’avons pu réaliser auparavant, bien que l’on en eût instamment besoin, jusqu’à ce que le Tout-Puissant prédestine à cette grande œuvre Amir Al Mouminine, Mohammed VI, que Dieu le préserve et l’assiste».

La Fondation a franchi, depuis l’annonce de sa création, une étape nécessaire pour la mise en place de ses instances consistant, en particulier, dans la nomination de son président-délégué et de son secrétaire général, celle de son directeur financier et de la commission composée de cinq membres, chargée de poser les jalons pour la mise en place du Conseil Supérieur de la Fondation. Cette même commission s’est penchée sur la constitution de ce Conseil, dont les membres sont ici présents, selon sa composition première, avec un total de 103 appartenant à 30 pays africains. S’y ajoutent pour parachever la constitution du conseil 20 parmi les oulémas du Royaume chérifien.

Dans les mois à venir, il sera procédé, Majesté, aux opérations suivantes:

1.      le parachèvement des structures centrales,

-  La formation des quatre commissions permanentes,

-   La formation du bureau exécutif et l’entame de ses travaux.

 

2.    la mise en place des sections nationales, dans le strict respect de la loi de chaque pays.

3.    le début de la planification des activités locales.

Majesté, Amir Al Mouminine,

Je voudrais, avec votre permission, Majesté, clarifier certains points à propos de la conception que l’ont devrait se faire de cette Fondation:

 En effet, cette Fondation, en vertu du Dahir qui l’a créée:

  1. n’est pas et ne peut pas s’ériger en tant qu’instance alternative à tout conseil, institution ou organisme public dans l’un quelconque des pays concernés,
  2. N’est pas et ne peut pas constituer une greffe d’organe étranger dans un corps ayant ses propres traditions locales, car elle procède justement des constantes communes,
  3. La création des annexes ou sections dans les pays est tributaire du respect total des lois nationales en vigueur.
  4. Les raisons d’être et les objectifs de cette Fondation la placent au dessus des desseins velléitaires et des rivalités.
  5. Ni la Fondation, ni ses moyens, ne sauraient se prêter à une quelconque action dans l’un des domaines de la politique.

Majesté Amir Al Mouminine,

Le Conseil dont l’installation est entreprise aujourd’hui, sous la présidence effective de Votre Majesté, assume des missions primordiales qui conditionnement la marche saine et efficiente de la Fondation. Conformément à Vos hautes orientations, le conseil s’attachera, avec toute la rigueur requise, à promouvoir l’action de l’institution au service de l’islam en Afrique, dans ses dimensions pacifiques vouées à la mobilisation pour les valeurs de bien et de haute moralité.

Puisse le Très-Haut vous récompenser, Majesté, et agréer votre œuvre. Que la paix, la miséricorde et la bénédiction de Dieu soient sur vous.

 

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